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Un quartier, des talents

LE  LOUP  DU  JARDIN  BOTANIQUE

 

(Nouvelle)

 

Début novembre 2011. Pensionné de fraîche date, Louis Ducastel éteint son téléviseur après la diffusion du second épisode des enquêtes du «Commissaire Montalbano». Il adore les bonnes séries policières, particulièrement celles du commissaire Sicilien, de l’Inspecteur Barnaby et de l’Inspecteur Murdoch.

Sitôt levé de sa confortable bergère, il est sollicité par son chien qui le fixe dans les yeux en frétillant de la queue et en trépignant des pattes. Il est temps d’effectuer sa promenade nocturne.

– «Allez, mon gamin, on y va !… Minuit-dix, il est temps de se dégourdir les pattes et de procéder à sa balade hygiénique».

Dès qu’il ouvre la porte, il frissonne, malgré sa chaude et moelleuse parka coupée dans une épaisse maille polaire déperlante. Le vent est soutenu et glacial. Une brume épaisse, humide et pénétrante recouvre le premier tronçon de la rue Bassenge dont les faibles halos des trois lampadaires ont peine à distiller un peu de clarté dans l’obscurité profonde envahissant la voie pavée, noyée dans le brouillard.

Habitué aux parcours empruntés par son maître, Cyrus se dirige d’emblée vers la rue Fusch et le jardin botanique.

C’est une bête magnifique, un grand berger Groenendael à la robe noire zain et aux crocs imposants d’une blancheur éclatante. Il impressionne tous les gosses du quartier qui le surnomment «Le grand loup noir».

Débouchant de la rue Louis Boumal, une mince silhouette féminine se dirige d’un pas hâtif vers la rue Nysten après avoir traversé le tunnel du chemin de fer. Elle bifurque à hauteur de la rue Courtois et s’introduit dans le jardin botanique pour le traverser en oblique et gagner la rue Louvrex où elle poursuivra sa route jusqu’au milieu de la rue Saint-Gilles où se situe son petit kot.

Jade est une jeune étudiante entreprenant des études d’architecture, dont certains cours se donnent dans les bâtiments de l’ancien Institut de pharmacie.

D’une main, elle maintient le col de son gros gilet de laine contre son cou pour se protéger du froid piquant, de l’autre, elle serre une grosse farde de documents qui lui ont permis de réviser ses cours avec une copine domiciliée rue Ambiorix.

A cette heure avancée de la nuit, les abords du magnifique espace de verdure sont plongés dans les ténèbres obscures.

Le centre du parc abrite une plaine de jeux pour les enfants et est embelli par un superbe petit étang. C’est la seule zone du parc qui soit éclairée par une couronne de lampadaires arrondis. Une bonne partie de ces luminaires ne fonctionne pas, amplifiant l’obscurité régnant au sein du parc. Par les temps qui courent, il faut être courageux ou fort téméraire pour emprunter les sentiers du jardin à une heure aussi tardive et dans des conditions climatiques aussi détestables.

Jade ne se soucie pas trop. Une minute lui suffit amplement pour effectuer son trajet et se retrouver en « secteur urbain » plus éclairé et en principe, plus sécurisant.

Elle se glisse dans la zone enténébrée séparant l’aire de jeux du petit étang, faisant crisser les gravillons sous ses semelles.

Surprise, elle est violemment projetée sur le sol par une masse humaine qui la plaque brutalement contre les pierrailles pointues du sentier en lui écartant les bras vers le haut. Dans le même temps, une seconde silhouette sombre et indéfinissable entreprend de tirer le zip de son jeans et de le lui arracher en quelques coups secs. Effrayée, la jeune étudiante veut crier. Aucun son ne sort de sa gorge.

La lame glacée d’un couteau à cran d’arrêt appliquée sur son cou lui intime l’ordre impératif de se taire si elle tient à garder la vie sauve. Une panique sans borne envahit la jeune fille en péril. Elle ne peut crier, même si elle le voulait, paralysée par une peur et une angoisse terribles. Elle est totalement à la merci de ses deux agresseurs.

L’irréparable va être commis lorsque, surgissant des ténèbres lugubres, une grande masse de poils noirs se jette sur l’un des agresseurs en aboyant férocement.

Ce dernier, rudement bousculé, roule sur le sol et se redresse aussitôt pour filer comme un lapin sans demander son reste.

Sans transition, le sauveur inespéré se rue sur le second agresseur.

D’un coup de ses puissantes mâchoires, il broie le poignet serrant le couteau à cran d’arrêt. Le malfrat pousse un cri de douleur en lâchant son arme. Il veut se redresser pour fuir. Il en est empêché.

Les crocs impressionnants du grand chien noir au poil hérissé, grondant sourdement à quelques centimètres de son visage lui interdisent tout mouvement. La moindre velléité de fuite serait immédiatement sanctionnée d’une morsure à la gorge qui serait fatale au malfaiteur.

Louis Ducastel rejoint son Groenendael. Il enjoint le violeur de déguerpir et de ne jamais plus se manifester aussi sordidement dans les parages s’il ne tient pas à se faire déchiqueter.

Le voyou ne demande pas son reste et s’évanouit rapidement dans la nuit et le brouillard. Jamais il n’a pris ses jambes à son cou aussi vélocement !

Louis Ducastel se penche sur la jeune étudiante désemparée, frissonnante et en pleurs. Il la réconforte tout en l’aidant à se revêtir et à retrouver sa dignité.

Il ramasse les feuilles éparses de son cours répandu sur le sol humide et les glisse dans la farde qu’il remet à la jeune fille.

Reconnaissante, elle se jette au cou de son sauveur et l’embrasse pour le remercier de son intervention miraculeuse.

– « Ce n’est pas moi qu’il faut remercier, mademoiselle… ? … Jade, dites-vous ! Quel beau prénom, que vous portez avec beaucoup de grâce. Il vous va à ravir ! C’est mon chien qu’il faut féliciter pour son intervention rapide et spectaculaire. C’est une brave et gentille bête, malgré son allure impressionnante. Par sécurité, je vais vous raccompagner chez vous. Vous prendrez un petit « remontant » pour vous remettre de vos émotions et vous oublierez dans votre sommeil ce malheureux événement. Dorénavant, tâchez de ne plus vous engager à des heures si tardives dans des endroits déserts. Ce sont les plus dangereux. Le jardin botanique de Liège est un endroit enchanteur, mais, comme dans toutes les grandes villes, le danger peut surgir de partout et à tout moment. Heureusement pour vous, le chemin de vos agresseurs a croisé celui du LOUP DU JARDIN BOTANIQUE »

Fait à Liège, ce 8 septembre 2013

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